noudnik | Mohamed de Jérusalem et Sharon de Bruxelles
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Mohamed de Jérusalem et Sharon de Bruxelles

DEUX HISTOIRES EN MIROIR POUR DÉCRIRE L’ACCÈS À LA CITOYENNETÉ EN ISRAËL

Lors de mon récent voyage en Israël, j’ai été rendre visite à Mohamed que j’avais déjà rencontré à Bruxelles. Mohamed est un résident palestinien natif de Jérusalem-Est. Il a vécu une dizaine d’années en Belgique où il a épousé une femme juive avec laquelle il a eu une fille. Quand un jour, après avoir divorcé, il décide de retourner dans sa ville natale, il apprend qu’il a perdu son permis de résidence. Comme si, le fait de devenir belge, signifiait de facto qu’il y avait renoncé. Il s’est donc retrouvé pendant des années sans permis de résidence ce qui équivaut à vivre comme un illégal (sans permis de travail, sans assurance, maladie etc.) dans sa ville natale. Suite à un combat tenace pendant des années, il a fini par obtenir gain de cause auprès du tribunal de Jérusalem qui a chargé le Ministère de l’Intérieur de rétablir son statut de résidence. Le cas de Mohamed est un exemple parmi d’autres du traitement réservé aux citoyens de seconde-zone que sont les palestiniens d’Israël.

Ce qui m’interpelle, c’est que j’ai vécu, une histoire similaire mais dans l’autre sens…

En janvier 2009, j’avais alors 35 ans, je décide de rendre visite à mes proches en Israël. C’est l’occasion de leur présenter mes deux fils et mon compagnon. Nous tombons alors en pleine guerre et le pays est sous tension. Arrivée à l’aéroport Ben Gurion, je montre mon passeport belge à la douane comme je l’ai toujours fait. Je suis née en Belgique. Bien qu’ayant passé de nombreuses périodes de vacances au sein de ma famille en Israël, je n’y ai jamais habité. Mon père est belge, ma mère, israélienne. Tous deux sont juifs. Ils habitent en Belgique. Mon père y est né et ma mère y a immigré, il y a 50 ans. La douanière me demande où est mon passeport israélien, je lui répond que je n’en ai jamais eu parce que je n’ai jamais fait mon « alyah » ni habité en Israël. Peu à peu, elle devient agressive comme si elle me soupçonnait de lui raconter des sornettes. Elle finit par me dire d’un ton menaçant que si je ne retire pas de passeport israélien auprès du Ministère de l’Intérieur, je ne serai pas autorisée à retourner en Belgique avec mes enfants. Au Ministère de lntérieur, on m’explique alors que je ne peux plus voyager avec mon passeport belge en Israël car pour eux, je suis israélienne. C’est la loi, me dit-on, pour tous les enfants de mère israélienne. Ils finissent par me donner un laissez-passer en me faisant promettre de régulariser la situation une fois arrivée en Belgique.

S’ensuit, pour moi, un dilemne et une réflexion autour de cette « nouvelle » identité.

Renoncer ou la garder ? Israël est le pays de ma mère, j’y ai beaucoup de famille et des liens affectifs puissants, c’est évident que je serai amenée à y retourner souvent. Mais que se passera-t-il si je renonce à cette nationalité qui me semble être un privilège injuste comparativement à des natifs qui ne possède souvent, eux, que des sous-statuts?

Et puis, qu’est-ce que cela implique pour mes enfants? Transmettrais-je, à mon tour, la nationalité israélienne à mes fils? Et dans leurs cas, seront-ils sollicités pour faire trois années d’armée, à leurs dix-huit ans? A l’ambassade, ils m’assurent que la transmission s’arrête à la deuxième génération et ne va pas au-delà. Je suis à moitié rassurée par des paroles (qui s’envolent) et ne trouve rien d’écrit sur ce sujet noir sur blanc (des experts dans la salle?).

Dans un même temps, l’identité israélienne est clairement une des facettes de mon identité, l’hébreu, par exemple, est ma langue maternelle (au même titre que le français). Comme beaucoup d’immigrés, ma mère m’a élevée dans la nostalgie de son pays, celui dans lequel elle a grandi. Oui, au fond de moi, je me sens aussi israélienne. Et cela, au même titre que des natifs belges d’origine italienne ou marocaine, possédant la double nationalité. Et la politique des gouvernements israéliens successifs, avec lesquels je suis en désaccord au moins depuis l’assassinat d’Itzhak Rabin, n’y change absolument rien. Et puis, quelque part, si je deviens israélienne n’est-ce pas aussi une manière de faire grossir les rangs de la minorité de gauche israélienne?

C’est ainsi qu’en 2009, en pleine guerre « plomb durci », ulcérée par l’indifférence de la société israélienne face au millier de morts à Gaza, je devins, dans un même temps, israélienne et plus déterminée que jamais à m’engager pour soutenir le combat de ceux qui militent pour plus de justice sur ce territoire.

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